En distinguant les quatre grands ordres d’insectes pollinisateurs on s’aperçoit que les coléoptères,
les diptères et les lépidoptères sont effectivement sensibles au milieu urbain : leur affinité est inférieure à zéro. En revanche, l’affinité des hyménoptères pour les milieux urbains est positive, ceux-ci semblent bien tolérer ces milieux.
© Photos issus de collections SPIPOLL
La rareté des taxons influence leurs préférences pour les milieux
Les résultats présentés ici sont ceux obtenus pour les espèces les plus fréquentes, c’est-à-dire qui apparaissent dans plus de 2% des collections d’au moins un type de milieu. Les taxons peu fréquents ont une affinité pour le milieu urbain encore plus faible que les taxons fréquents, c’est-à-dire qu’ils tolèrent moins la ville que les taxons fréquents. Ceci est vrai aussi pour les hyménoptères dont les taxons peu fréquents évitent le milieu urbain.
Si on s’intéresse plus particulièrement à ces hyménoptères, on se rend compte, qu’en réalité la plupart des taxons (11 sur 14) sont neutres par rapport au milieu urbain : ils ne le fuient pas mais ne se retrouvent pas non plus préférentiellement dans celui-ci (figure ci-dessous). En revanche un taxon, les Tenthrèdes noires et jaunes fuient le milieu urbain tandis que deux autres taxons, les Mégachiles et les Anthidies se retrouvent préférentiellement dans celui-ci.
Les ronds vides indiquent les taxons neutres par rapport au milieu urbain et les ronds plein les taxons qui évitent ou qui fréquentent particulièrement les milieux urbains.
© Photo de Tenthrèdes : www.entomart.be, autres photos issues du SPIPOLL
Pourquoi ces différences?
Ces différences pourraient s’expliquer par les cycles de vie de ces taxons. Les larves de Tenthrèdes ressemblent à des chenilles et vivent en colonies. Elles se nourrissent, souvent d’un seul type de feuilles (figure 1.3) et peuvent défeuiller un jeune arbre très rapidement. Les adultes se nourrissent de pollen et de nectar, comme les autres hyménoptères. Pour que les Tenthrèdes puissent faire leur cycle ; il faut qu’’ils trouvent des fleurs mais aussi des feuilles en abondance pour leurs larves. En milieu urbain, ces deux types de ressources ne se retrouvent pas forcément au même endroit en quantité suffisante. Ceci expliquerait pourquoi la ville est un milieu plutôt hostile pour ce taxon.
A l’inverse, les Mégachiles et les Anthidies sont des espèces qui pondent leurs œufs dans des cavités (trous
dans le sol, dans des tiges de plantes, dans des murs) et déposent des réserves de pollens et de nectars pour les futures larves qui se développeront dans ces cavités et ne sortiront qu’une fois adultes. Une des explications pourrait être que ces cavités seraient plus abondantes en milieu urbain, ce qui expliquerait que ces taxons soient aussi plus abondants dans ce milieu. Des prédateurs moins nombreux pourraient aussi expliquer ce résultat.
Larves de Tenthrèdes se nourrissant d’une feuille. © www.entomart.be