Newsletter #1
Zoom sur le Spipoll : insectes pollinisateurs et milieu urbain

Le Suivi Photographique des Insectes Pollinisateurs (Spipoll) est un programme de sciences participatives coordonnées par le Muséum national d’Histoire naturelle et l’Office pour les Insectes et leur Environnement. Les données récoltées par les participants sont exploitées par une équipe de chercheurs, qui publient leurs résultats dans des revues spécialisées. Cette newsletter reprend un de ces articles, publié en septembre dernier dans une revue scientifique internationale : Plos One. 

La pollinisation

La pollinisation par les animaux est fondamentale pour les écosystèmes puisque près de 90% des plantes à fleurs
sont pollinisées par ceux-ci. Elle est très importante pour l’agriculture : 70% des cultures dépendent des insectes pollinisateurs. Il est relativement bien connu que cette pollinisation est menacée notamment par la dégradation des habitats, en revanche nous ne connaissons pas bien la préférence des pollinisateurs pour les différents type de milieux. Les données collectées en 2010 par les 538 observateurs du Spipoll qui ont produit 2131 collections ont été utilisées dans cet article pour comprendre la préférence des insectes pollinisateurs pour trois grands types de milieux : urbain, agricole et naturel ; dans cette lettre ne sont présentés que les résultats concernant le milieu
urbain.

Tous taxons confondus, les analyses montrent que les insectes pollinisateurs ont tendance à éviter les milieux urbains. 

Une affinité pour le milieu urbain contrastée

En distinguant les quatre grands ordres d’insectes pollinisateurs on s’aperçoit que les coléoptères,
les diptères et les lépidoptères sont effectivement sensibles au milieu urbain : leur affinité est inférieure à zéro. En revanche, l’affinité des hyménoptères pour les milieux urbains est positive, ceux-ci semblent bien tolérer ces milieux.

Graphique de l'affinité pour le milieu urbain des quatre ordres d’insectes pollinisateurs.

© Photos issus de collections SPIPOLL

La rareté des taxons influence leurs préférences pour les milieux 

Les résultats présentés ici sont ceux obtenus pour les espèces les plus fréquentes, c’est-à-dire qui apparaissent dans plus de 2% des collections d’au moins un type de milieu. Les taxons peu fréquents ont une affinité pour le milieu urbain encore plus faible que les taxons fréquents, c’est-à-dire qu’ils tolèrent moins la ville que les taxons fréquents. Ceci est vrai aussi pour les hyménoptères dont les taxons peu fréquents évitent le milieu urbain.

Si on s’intéresse plus particulièrement à ces hyménoptères, on se rend compte, qu’en réalité la plupart des taxons (11 sur 14) sont neutres par rapport au milieu urbain : ils ne le fuient pas mais ne se retrouvent pas non plus préférentiellement dans celui-ci (figure ci-dessous). En revanche un taxon, les Tenthrèdes noires et jaunes fuient le milieu urbain tandis que deux autres taxons, les Mégachiles et les Anthidies se retrouvent préférentiellement dans celui-ci.

Graphique de l'affinité moyenne pour le milieu urbain des 14 taxons d’Hyménoptères les plus fréquents.

Les ronds vides indiquent les taxons neutres par rapport au milieu urbain et les ronds plein les taxons qui évitent ou qui fréquentent particulièrement les milieux urbains.

© Photo de Tenthrèdes : www.entomart.be, autres photos issues du SPIPOLL

Pourquoi ces différences? 

Ces différences pourraient s’expliquer par les cycles de vie de ces taxons. Les larves de Tenthrèdes ressemblent à des chenilles et vivent en colonies. Elles se nourrissent, souvent d’un seul type de feuilles (figure 1.3) et peuvent défeuiller un jeune arbre très rapidement. Les adultes se nourrissent de pollen et de nectar, comme les autres hyménoptères. Pour que les Tenthrèdes puissent faire leur cycle ; il faut qu’’ils trouvent des fleurs mais aussi des feuilles en abondance pour leurs larves. En milieu urbain, ces deux types de ressources ne se retrouvent pas forcément au même endroit en quantité suffisante. Ceci expliquerait pourquoi la ville est un milieu plutôt hostile pour ce taxon.
A l’inverse, les Mégachiles et les Anthidies sont des espèces qui pondent leurs œufs dans des cavités (trous
dans le sol, dans des tiges de plantes, dans des murs) et déposent des réserves de pollens et de nectars pour les futures larves qui se développeront dans ces cavités et ne sortiront qu’une fois adultes. Une des explications pourrait être que ces cavités seraient plus abondantes en milieu urbain, ce qui expliquerait que ces taxons soient aussi plus abondants dans ce milieu. Des prédateurs moins nombreux pourraient aussi expliquer ce résultat. 

Larves de tanthrèdes se nourrissant d'une feuille.

Larves de Tenthrèdes se nourrissant d’une feuille. © www.entomart.be

La pollinisation affaiblie par l'urbanisation?

Ces résultats montrent que l’urbanisation a potentiellement un impact fort sur la pollinisation. En effet la plupart des taxons d’insectes pollinisateurs évitent le milieu urbain. Même si certains taxons sont tolérants au milieu urbain et si quelques un le préfèrent aux autres milieux, les villes abritent moins de pollinisateurs différents que les autres milieux.

Merci ! 

La plupart des études portent plutôt sur des échelles plus petites et s’intéressent à un seul type de milieu (milieu urbain de plus en plus dense par exemple). Peu d’études ont été faites à l’échelle d’un pays entier et pour comprendre la préférence des pollinisateurs pour des grands types de milieu. C’est grâce à la participation de tous les « spipolliens » qui ont observé les insectes pollinisateurs dans toutes la France et ont fait des collections dans des milieux variés qu’une telle étude a pu être faite. Merci à tous pour votre implication et à bientôt pour de  nouvelles investigations scientifiques !