Newsletter #67
Alamer : une excellente opportunité pour suivre les effets du dérèglement climatique

Alors que l’Année de la mer s’achèvera en décembre prochain, cette lettre est l’occasion de partager avec vous quelques avancées scientifiques autour du protocole Alamer  et, pourquoi pas, de vous donner envie d’y participer.

Lancé en 2019, le protocole Alamer permet à tous les participantes et participants, notamment les scolaires, d’étudier les algues échouées qui composent en grande partie la laisse de mer. Pour chaque site étudié, cinq quadrats sont posés sur une ligne de 25 mètres. Pour chaque quadrat, les algues sont identifiées et leur abondance relative estimée.

Un groupe d'élèves travaillant sur un quadrat (Concarneau). Pour participer à Alamer : https://www.vigienature-ecole.fr/alamer

Une première étude avait déjà mis en évidence que la laisse de mer reflète les habitats marins voisins, offrant ainsi une façon indirecte (et au sec !) d’étudier ces milieux, sans recourir à des méthodes complexes. Une newsletter avait d’ailleurs été consacrée à ce sujet : https://www.vigienature-ecole.fr/node/651

Aujourd’hui, une nouvelle question anime l’équipe scientifique : le suivi de la laisse de mer pourrait-il aussi permettre de détecter les effets du dérèglement climatique ? C’est l’objet d’un article tout juste publié dans la revue Estuarine, Coastal & Shelf Science (1).

Comment faire pour répondre à cette question ?

Les chercheurs et chercheuses ont formulé l’hypothèse suivante : la laisse de mer pourrait enregistrer l’effet des variations de température sur les communautés d’algues sous-marines. Mais comment tester cette hypothèse, alors que le dérèglement climatique s’observe sur le moyen terme ?

La stratégie retenue a été d’examiner si, dans l’espace, les communautés d’algues échouées reflétaient déjà les variations actuelles de température. Pour cela, deux indicateurs ont été pris en compte : la température moyenne de la surface de la mer au cours des 12 derniers mois et la latitude de chaque station étudiée (un facteur clé influençant cette température).

Pour chaque quadrat étudié, les scientifiques ont évalué l’affinité thermique de la communauté d’algues en calculant un indice de température de la communauté, ou CTI (Community Temperature Index). Mais de quoi s’agit-il exactement ?

Chaque espèce d’algue a une préférence plus ou moins marquée pour les eaux chaudes. Grâce à d’autres travaux, il est possible d’attribuer à chaque espèce une valeur : plus cette valeur est élevée, plus l’algue est thermophile. Ces valeurs permettent ensuite de calculer une moyenne pondérée pour chaque quadrat, tenant compte de l’abondance relative de chaque espèce. On obtient ainsi le CTI : un indice synthétique qui reflète l’affinité globale de la communauté pour la température.

Il ne restait plus qu'à mettre en regard les CTI calculés pour chaque quadrat avec les températures de surface et les latitudes des différentes stations concernées. Existe-t-il une relation entre les deux ?

Carte des 172 sites étudiés (points). La latitude est également indiquée. Plus la couleur de la mer est chaude et plus les températures moyennes de surface des douze derniers mois sont élevées.

Des éléments de réponse

A gauche, indice de température de la communauté (CTI) en fonction de la température moyenne de surface de la mer (SST) les douze derniers mois.

A droite, indice de température de la communauté (CTI) en fonction de la température moyenne de la latitude. La partie correspondant à la Bretagne est grisée pour repaire.

Chaque point correspond à un quadrat. Une droite rendant le mieux compte des points a été modélisée. La partie grisée autour de la droite correspond à un intervalle de confiance à 95%.

Plus la température de surface augmente et plus le CTI augmente également. De même plus la latitude augmente (et donc plus la température moyenne de surface baisse) et plus le CTI diminue. Cela démontre donc bien la sensibilité des communautés de la laisse de mer aux variations de température. Loin d'être trivial, ce résultat marque aussi par sa résolution : on obtient des variations à une échelle très locale.

Perspectives pour le programme

La sensibilité des communautés de la laisse de mer aux variations de température étant désormais démontrée, le protocole Alamer apparaît comme un excellent outil pour suivre les effets du dérèglement climatique. Simple, fiable, et sans avoir besoin d’explorer les fonds marins !

Faire appel à un programme de sciences participatives présente un double avantage : il permet de collecter une grande quantité de données, tout en sensibilisant les participantes et participants aux enjeux environnementaux.

Quelques ajustements seront toutefois nécessaires. La détermination des algues dans le protocole actuel reste moins précise que celle utilisée dans l’étude. Il faudra aussi que le programme mobilise largement… et qu’il s’inscrive dans la durée.

Votre participation est donc essentielle : cap sur la plage !