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Les villes verdissent : quels effets réels sur les oiseaux et les insectes pollinisateurs ?

L’ajout d’espaces verts dans les grandes villes est devenu une priorité pour de nombreuses municipalités. Il ne s’agit plus seulement d’améliorer le cadre de vie des habitants, mais également d’offrir un refuge à la biodiversité urbaine. Cependant, créer des zones végétalisées ne suffit pas : encore faut-il qu’elles soient pensées comme un réseau cohérent, permettant aux espèces de circuler librement d’un site à l’autre.

Cette continuité écologique suppose que les espaces verts ne soient ni trop éloignés les uns des autres, ni isolés par des obstacles infranchissables tels que de larges routes. Une bonne connectivité entre ces zones permet aux espèces de se rencontrer, de se reproduire, et favorise ainsi le brassage génétique, garant du maintien des populations sur le long terme.

Vous avez peut-être déjà entendu parler des "trames vertes" : ces corridors écologiques visent précisément à assurer cette continuité, en tissant un maillage d’espaces naturels interconnectés à travers la ville.

Vue d'une avenue bordée d'arbres
Les allées d'arbres bordant les avenues, des éléments de la connectivité des espaces verts en ville.

 

Au delà des effets souvent avancés, une équipes de chercheurs et chercheuses d'Ile de France a voulu évaluer scientifiquement l'effet de la connectivité sur les oiseaux et les insectes pollinisateurs de Paris (1).

Afin de tester leurs hypothèses, beaucoup de données sur les oiseaux et les pollinisateurs urbains étaient nécessaires : ils ont ainsi utilisé celles des protocoles de sciences participatives pour leur étude : "oiseaux des jardins" et le "Spipoll".

La connectivité influence-t-elle réellement le nombre d'espèces identifiées et leur abondance ? Toutes les espèces sont-elles influencées de la même manière ? Voici des éléments de réponse parfois à rebours des idées reçues...

Quantifier la connectivité : une première tâche ardue...

Comment quantifier la connectivité pour évaluer son effet ? C'est la première tâche à laquelle l'équipe de recherche s'est attelée.

Les chercheurs ont fait ce travail et ont pu établir des cartes de connectivité pour les insectes pollinisateurs et les oiseaux en général. Sur les cartes ci-dessous, plus le vert est foncé et plus les espaces sont connectés à leurs voisins...

Cartes de connectivité fonctionnelle modélisée pour les insectes pollinisateurs (à gauche) et pour les oiseaux urbains (à droite). Plus le vert est foncé plus la connectivité fonctionnelle est forte.

Mais alors pourquoi les cartes ne sont pas les mêmes pour les insectes pollinisateurs et les oiseaux ? Parce que la connectivité n'est pas un absolu et dépend des groupes concernés (on parle de connectivité fonctionnelle). Dans ce travail de modélisation, de nombreux paramètres ont été pris en compte en plus de la taille et de la répartition des espaces verts dont :

- Le type de végétation utilisé par les espèces étudiées : les pollinisateurs sont surtout associés aux zones de végétation herbacée et aux prairies, tandis que les oiseaux exploitent davantage les arbres, les arbustes et parfois même les cultures urbaines.

- La capacité de déplacement des espèces, c’est-à-dire leur aptitude à rejoindre une zone végétalisée voisine. Cette donnée, issue d’études antérieures, varie selon les groupes : 500 mètres maximum pour les pollinisateurs, et 500 mètres en valeur médiane pour les oiseaux urbains.

Concernant les insectes pollinisateurs, la connectivité fonctionnelle ainsi calculée est faible dans Paris intramuros à l'exception des deux bois périphériques (bois de Boulogne et bois de Vincennes) qui présentent de nombreuses zones herbacées. Du côté des oiseaux urbains, la connectivité fonctionnelle est plus forte dans le sud de Paris où l'on trouve plus de grandes rues bordées d'arbre et de grands parcs urbains arborés. Ces calculs sont donc cohérents par rapport à la réalité du terrain. Restait à tester l'effet de cette connectivité sur les communautés d'êtres vivants...

 

Évaluer l'effet de la connectivité sur les insectes pollinisateurs et les oiseaux urbains : la contribution du protocole "oiseaux des jardins" et du "Spipoll"

Grâce aux participantes et aux participants à "oiseaux des jardins" et au "Spipoll", une quantité importante de données a pu être collectée. L'effet de la connectivité calculée sur ces communautés d'êtres vivants a ainsi pu être testé statistiquement. Il ressort que :

- Plus la connectivité et la proportion de couvert végétal sont importantes et plus le nombre d'espèces est important (pollinisateurs et oiseaux). C'était un résultat attendu conforme à d'autres études.

- De manière plus surprenante, une connectivité plus forte n'influence pas significativement l'abondance totale des espèces (c'est-à-dire le nombre d'individus) dans cette étude parisienne. Concernant les oiseaux, seule la proportion de couvert végétal (indépendamment de la connectivité) influence positivement leur abondance.

- Enfin, comme les auteurs le pressentaient, les espèces les plus urbanophiles, adaptées aux conditions de la ville, sont même défavorisées par une connectivité forte telle qu'elle a été calculée ! C'est le cas pour le moineau domestique par exemple. Ce sont donc plutôt les espèces qui fuient la ville habituellement qui pourraient être favorisées par une meilleure connectivité. 

Une espèce anthropophile et urbanophile emblématique, le moineau domestique (ici un individu mâle).

Quelles implications pour l'aménagement des espaces verts urbains ?

Le pourcentage du couvert végétal s'avère donc au moins aussi important que la prise en compte de la connectivité pour favoriser la biodiversité. Cette étude est aussi une invitation à prendre en compte les effets sur différentes espèces pour optimiser l'effet des aménagements urbains !