Newsletter #15
Etat de la biodiversité en Île-de-France

Pour cette première newsletter de l’année, nous vous présenterons un exemple de l’utilisation possible des données issues de programmes de sciences participatives. Pour cela, nous appuierons sur un travail d’Audrey Muratet, chargée de mission à Natureparif, à partir de données issues de Vigie-Nature.

 

Dans ce travail, Audrey a souhaité évaluer la santé de la biodiversité en Île-de-France. Pour faire ce genre d’étude, il faut un assez grand nombre de données sur l’ensemble du territoire étudié (ici la région parisienne). Ces données doivent également s’étaler sur plusieurs années (au moins 5 ans, ce qui exclue Vigie-Nature École). Au final, Audrey a retenu quatre observatoires proposés uniquement à des naturalistes :

  • Vigie-Flore qui est un observatoire des plantes communes
  • Vigie-Chiro (protocole routier), observatoire que vous connaissez et qui vise à suivre les chiroptères
  • Le STERF, Suivi Temporel des Rhopalocères de France
  • Le STOC, Suivi Temporel des Oiseaux Communs
     

Ces observatoires, comme tous ceux présents au sein de Vigie-Nature, visent à suivre des espèces communes à l'échelle nationale, sur le long terme. Dans chacun des cas un protocole rigoureux est proposé à des observateurs volontaires afin que les comparaisons entre sites et dans le temps soient possibles.

Quelle participation pour ces observatoires ?

La participation est assez différente selon les observatoires, elle dépend notamment de leurs années de création. Par exemple, le STOC est le plus ancien observatoire de Vigie-Nature, il a été lancé en 2002, c’est donc assez logiquement l’observatoire qui a mobilisé le plus grand nombre d’observateurs (plus de 100 en Île-de-France !).

 

observatoires

 

Certains de ces observateurs ont arrêté, d’autres ont démarré plus récemment leur suivi mais, en moyenne, chaque année, une trentaine d’observateurs participe au suivi des oiseaux et une quinzaine participent aux suivis des plantes, des chauves-souris et des papillons. Chaque observateur réalise au minimum 10 relevés (placettes flore, points d’écoute oiseaux, tronçon routiers chiroptères ou transects papillons) par an.

Au niveau de la répartition spatiale, la carte ci-dessous montre que les sites suivis pour les oiseaux (carrés STOC contenant 10 points d’écoute) sont répartis sur l’ensemble du territoire avec une densité plus importante dans le cœur de l’agglomération, là où la richesse en oiseaux est la plus faible.

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Carte des carrés suivis dans la cadre du Suivi temporel des oiseaux communs (STOC).

Enfin ces protocoles permettent d’avoir une bonne vision de la biodiversité sur un territoire. Toujours pour le STOC, les observateurs ont pu remonter des informations sur 149 espèces d’oiseaux nichant en Île-de-France, soit 90% des espèces d’oiseaux nicheurs franciliens.

observatoires

 

Comment évolue la biodiversité en Île-de-France ?

Pour répondre à une telle question, nous pouvons notamment regarder deux paramètres : la richesse (le nombre d’espèces observées) et l’abondance (le nombre d’individus comptés).

 

Pour ce qui concerne la richesse, les graphiques suivant montrent une forte diminution du nombre d’espèces d’oiseaux (-10% en 12 ans), de chiroptères (-19% en 8 ans) et de papillons (-7,5% en 10 ans). En ce qui concerne les plantes, il n’y a pas de différence significative sur la période étudiée, on peut imaginer qu’il n’y a pas de encore suffisamment de données, ni assez d’historique, pour détecter des variations de richesse.

GRAPHIQUES

Graphiques présentant l’évolution de la richesse pour les 4 protocoles sélectionnés. Les courbes pleines représentent la richesse moyenne, l’espace entre les courbes en pointillés représente 50 % des observations.

Au niveau de l’abondance, on observe une forte baisse du nombre de chauve-souris et d’oiseaux sur les périodes étudiées. La chute de près de 60% des effectifs de chauve-souris est certainement le fait du déclin des populations de Pipistrelle commune qui comptabilise à elle seule 80% des contacts. Pour les oiseaux, la diminution de 20% des effectifs affecte de nombreuses espèces franciliennes. Le nombre moyen de papillons comptés n’a pas évolué de manière significative, alors que nous l’avons vu plus haut, le nombre d’espèces de papillons a diminué. Ce résultat pourrait s’expliquer par une homogénéisation des populations de papillons : on retrouve de plus en plus les mêmes espèces dans différents milieux.

graphiques

Graphiques présentant l’évolution de l’abondance pour les 4 protocoles sélectionnés. Les courbes pleines représentent la richesse moyenne, l’espace entre les courbes en pointillés représente 50 % des observations.

 

Evolution de la biodiversité en fonction des habitats

Commençons par les milieux agricoles !

Ils couvrent 47% du territoire francilien et la biodiversité qu’ils abritent est faible et en régression. Par exemple, le nombre moyen d’espèces de plantes observées dans le cadre de Vigie-Flore est comme on l’a vu stable à l’échelle de la région mais il a  diminué de 20 % en 6 ans dans les milieux agricoles !

De même, l’abondance des oiseaux spécialistes des milieux agricoles a chuté de 30 % en 11 ans dans la région.

Enfin pour terminer sur une note positive, le nombre moyen de papillons comptés dans le cadre du STERF a diminué de 45 % dans les grandes cultures non entourées par des haies alors qu’il n’a diminué « que de » 13 % dans les grandes cultures avec des bordures végétales. Les haies semblent donc avoir un effet positif au moins sur les papillons.

 

Et dans les milieux urbains ?

Ce type de milieu couvre 21% du territoire, la biodiversité qu’il abrite est, là aussi, en déclin. Dans les parcs et jardins, le nombre d’espèces de papillons a baissé de 33 % depuis 2005 et de 11 % pour les espèces d’oiseaux.

Il y a cependant un résultat encourageant : dans les zones urbaines denses, le nombre de plantes présents dans les interstices (bords de route, voies de chemin de fer…) a augmenté de 92% entre 2009 et 2015 ! Ce résultat est probablement lié à l’arrêt progressif de l’utilisation de pesticides.

Carte

Carte des communes d’Île-de-France : en vert sont représentées les communes qui ont arrêté ou limité l’utilisation de pesticides.

Les milieux forestiers pour terminer :

Ils couvrent 23% du territoire, ces milieux abritent une biodiversité importante moins touchée que les autres milieux. L’abondance des oiseaux spécialistes des milieux forestiers a tout de même diminué de 8% en 11 ans !

 

Pour conclure

Vous l’aurez compris, ces résultats montrent un fort déclin de la biodiversité en Île-de-France. Il est important de noter que les tendances nationales sont similaires à celle observées en Ile-de-France mais généralement plus modérées. La biodiversité commune en Ile-de-France se porte mal !

La suite de ce travail sera de rechercher précisément les facteurs à l’origine de ce déclin et de quantifier leurs effets.

Enfin, cette étude sur la région parisienne pourrait également être faite dans d’autres régions de France… mais pour cela, nos scientifiques ont besoin de vos observations !