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Participer à Vigie-Nature École change-t-il les relations des élèves avec la nature ?

Vigie-Nature École fait le pari que l’enseignement de la biodiversité dès le plus jeune âge prend tout son sens s’il s’appuie sur une approche concrète du vivant. Afin de vérifier si la participation à un observatoire de la biodiversité engendre un changement de la représentation de la nature chez les enfants, nous avons réalisé une étude dans une trentaine de classes de primaire et de secondaire.

Cadre théorique de l’étude

Pour réaliser cette étude, nous sommes intervenus dans 29 classes du CE2 à la 5ème ; 13 d’entre elles avaient participé au programme Vigie-Nature École.

Les interventions se sont toutes déroulées de la même manière : nous nous présentions à l’ensemble de la classe en indiquant que nous travaillions au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris avec une équipe de chercheurs qui s’intéressent à la perception de la nature par les élèves.

 

Trois activités individuelles et anonymes étaient ensuite proposées aux élèves :

  • un jeu sur ordinateur : nous ne présenterons pas les résultats ici, ce volet de l’étude ayant été abandonné pour des raisons techniques ;
  • un questionnaire (exemple de question « À la télé, on entend souvent parler des problèmes environnementaux. Selon toi, pour qui est-ce que c’est le plus grave ? ». Avec des cases à cocher, l’élève devait indiquer si c’était « pas grave », « neutre » ou « très grave » pour des propositions comme les insectes, mon futur, les humains....) ;
  • enfin nous demandions aux élèves de dessiner leur jardin en ville idéal.

 

Ces activités permettaient d’explorer plusieurs niveaux de relation à la nature, depuis le niveau le plus concret au niveau le plus abstrait :

  1. l’intérêt des élèves pour la biodiversité présente dans l’établissement scolaire
  2. la représentation d’éléments de nature dans le dessin d’un jardin
  3. les préoccupations environnementales et le degré d’Inclusion de la Nature dans le Soi (INS).

 

C’est le professeur en psychologie américain Wesley Schultz qui a développé le concept de l’Inclusion de la Nature dans le Soi. Il se base sur le principe que lorsque l’on se sent connecté à un concept, on tend à développer un schéma cognitif sur cette relation en visualisant le chevauchement entre la connaissance personnelle du soi et celle de ce concept. Il propose alors une échelle de mesure de l’INS pour évaluer la connexion explicite à la nature d’un individu... Pas facile ! Mais avec un schéma tout devient plus clair :

Schéma

Ses travaux ont montré que les individus les plus connectés à la nature (suivant cette échelle) étaient aussi ceux qui montraient le plus d’intentions d’agir pour l’environnement.

Les résultats

Des activités en lien avec la nature influencent-elles la perception de la biodiversité proche des élèves ?

La perception de la biodiversité proche des élèves ne semble pas corrélée significativement avec le sexe des élèves ou la biodiversité de l’établissement. Par contre, plus les élèves ont réalisé des protocoles plus ils trouvent la biodiversité de leur établissement intéressante.

Les sorties scolaires en lien avec la biodiversité et activités personnelles en extérieur expliquent quant à eux significativement leur perception de la biodiversité proche : plus les élèves passent du temps dehors et ont réalisé de sorties scolaires en lien avec la biodiversité, moins ils trouvent la biodiversité de leur établissement scolaire intéressante. Ce résultat peut paraître paradoxal mais peut s’interpréter par le fait que les sorties scolaires autour de la biodiversité montrent souvent une biodiversité impressionnante (zoos, muséum, forêts…). Après de telles sorties, les élèves pourraient trouver la biodiversité des établissements trop ordinaire et donc moins intéressante.

 

Des activités en lien avec la nature influencent-elles la présence de nature dans les dessins de jardin ?

Les activités extérieures pratiquées par les élèves, leur sexe, la présence d’un jardin à la maison ne sont pas significativement corrélés avec la présence de nature dans les dessins des élèves. Par contre, le nombre de protocoles réalisés par les élèves a tendance à expliquer la présence de nature dans les dessins : plus les élèves ont réalisé de protocoles plus ils ont tendance à représenter d’éléments naturels dans leurs dessins.

 

Des activités en lien avec la nature influencent-elles les préoccupations environnementales des élèves ?

Le niveau de préoccupation environnementale des élèves n’est corrélé significativement ni avec le niveau des élèves, ni avec le sexe, ni avec la présence de jardin. La participation à Vigie-Nature École n’est pas non plus un facteur explicatif de cet indicateur. En revanche, les activités extérieures des enfants expliquent très significativement leur niveau de préoccupation environnementale : les enfants qui disent passer plus de temps dehors sont ceux qui sont plus préoccupés par la biosphère.

Conclusion

Que retenir de cette étude ?

Tout d’abord que Vigie-Nature École, notamment s’il n’est suivi qu’une fois, ne suffit pas à reconnecter les élèves à la nature, mais y contribue ! Ce sont les activités personnelles en extérieur des élèves qui influencent le plus les préoccupations environnementales.

Toutefois, participer à Vigie-Nature École influencerait les représentations de jardin des élèves. Plus d’éléments naturels apparaissent quand ils ont participé. Il reste important de souligner que ces dessins sont un outil original de mesure des relations à la nature, inventé dans le cadre de cette étude.

Autre point à retenir, les sorties sur le thème de la biodiversité semble rendre la nature de proximité moins intéressantes, les enseignants doivent donc garder en tête ce résultat quand ils choisissent leurs activités.