Newsletter #6
Zoom sur Sauvages de ma rue : Le bilan de l'année 2013

Cette année, le nombre d’observateurs (tout public confondu) a presque doublé et sur tout le territoire, environ 7000 rues ont été inventoriées, ce qui représente 7 fois le nombre de rues de l’année 2012. Grâce à votre efficacité, ce sont 200 espèces supplémentaires de plantes qui ont pu être repérées en milieu urbain.

Quelle fiabilité accorder à vos observations ?

Plusieurs d’entre vous nous ont fait part de leurs inquiétudes sur la qualité des déterminations faites, voici une étude qui vous permettra de relativiser. Une botaniste a effectué en avril-mai 2013 des relevés dans un certain nombre de rues inventoriées à la même période par des participants amateurs en 2012. Le nombre total d’espèces rencontrées en 2012 et 2013 est très proche, respectivement de 86 et 90 espèces pour un total de 375 observations en 2012 et 606 en 2013. Cependant, sur le graphique ci-contre, il apparaît que le nombre d’espèces observées par trottoir relevé par la botaniste, tout en étant proportionnel à celui relevé par les participants, reste un peu plus élevé.

 

Nombre d’espèces vues par des amateurs comparées au nombre d’espèces vues par une botaniste.

Nombre d’espèces vues par des amateurs comparé au nombre d’espèces vues par une botaniste.

 

Deux arguments peuvent être avancés pour expliquer cette différence :

  • la date d'échantillonnage : le printemps pluvieux de 2013 pourrait avoir favorisé la richesse floristique
  • la finesse d'observation : la botaniste voit des espèces discrètes, telle que les Sagines, que de nombreuses personnes ne voient pas.

 

Sagine couchée

Sagine couchée. © Muriel Janus | Vigie-Nature École

 

Sachant cela, les scientifiques nous confirment que les données d’observations transmises sont tout à fait exploitables.

 

Deux conseils de Tela Botanica pour devenir un « pro » des sauvages de ma rue :

  • Scrutez le moindre interstice urbain pour avoir un relevé exhaustif. Une Sagine peut s’y cacher. . .
  • Si vous n’arrivez pas à déterminer une plante ou que vous avez un doute, sélectionnez « autre espèce » en fin de liste déroulante lors de la saisie de vos observations en ligne.

 

De nouveaux résultats sur la relation entre les plantes
urbaines et les modes de pollinisation

Les observations de cette année ont permis de conforter les résultats de l’année précédente sur Paris mais aussi de les comparer par rapport aux villes de Province.

Concernant la proportion d’espèces entomogames 

 

Proportion d’espèces entomogames en fonction de la distance au centre des villes.

Proportion d’espèces entomogames en fonction de la distance au centre des villes.

 

Le graphique ci-dessus montre qu’au contraire de ce que nous remarquons à Paris, au centre des villes provinciales, les plantes sont plus souvent entomogames (fécondées par l’intermédiaire d’insectes pollinisateurs). Les scientifiques doivent maintenant comprendre pourquoi ce phénomène est inversé entre Paris et la province : est-ce l’impact de l’agriculture périurbaine ? La structure des grandes et petites villes serait-elle différente ?

 

Concernant la proportion d’espèces allogames 

 

Proportion d’espèces allogames en fonction de la distance au centre des villes.

Proportion d’espèces allogames en fonction de la distance au centre des villes.

 

De la même façon, en banlieue, les plantes sont plus souvent allogames (fécondées par une autre plante) que dans le centre de Paris alors que nous observons l’inverse en province. Il semble donc que la biodiversité des rues du cœur de Paris soit particulièrement influencée par la densité d’urbanisation. En province les agglomérations ont un centre-ville trop réduit pour que les espèces allogames ne puissent pas y survivre. Reste à comprendre pourquoi la proportion de ces espèces est réduite si l’on s’éloigne du centre : est-ce l’effet d’une gestion plus drastique ? d’une abondance moins importante de plantes ornementales ?

Ces résultats sont très intéressants car relativement inattendus. L’analyse approfondie des données de quelques villes plus intensément inventoriées pourra peut-être donner des explications. Il faut donc continuer à nous envoyer vos données !

 

L’opération cymbalaire, la suite...

À la suite des premiers résultats indiquant que les plantes en ville semblent se passer des pollinisateurs pour se reproduire, une opération a été lancée en juin 2013. Il s’agissait de mesurer la taille des pétales des Cymbalaires des murailles pour savoir si les plantes fabriquent des fleurs attirantes seulement dans les zones largement pourvues en pollinisateurs. Les résultats obtenus semblent confirmer cette hypothèse : Les cymbalaires poussant en grande agglomération possèdent des pétales de 1,5 mm en moyenne plus petits que celles d'agglomération inférieure à 5000 habitants.

Cependant, il est aussi possible qu’au cœur des grandes agglomérations dans les brèches urbaines, les plantes manquent de nutriments et ceci pourrait expliquer la petite taille de leurs pétales. Une suite à l’opération a donc été lancée au printemps 2014. Les scientifiques ont recueilli des graines issues de cymbalaires provenant de toute la France qui n’ont pas toutes la même taille de pétales. Ils les ont semées dans les mêmes conditions pour tester si, dans un même environnement et avec tous les nutriments dont elles ont besoin, les futures plantes fabriqueront toutes des fleurs à grands pétales. Nous attendons les résultats…