Et des préférences écologiques des communautés qui ont aussi changé !
Chaque plante a ses préférences écologiques en termes de température, caractéristiques du sol etc. Grâce à des données de la littérature scientifique, il est possible d'attribuer à chaque plante une note représentant son exigence vis-à-vis d'un facteur écologique donné. Pour la température par exemple, on peut attribuer une note entre 1 (pour les plantes les plus affines des climats froids comme l'edelweiss) et 9 (pour les plantes les plus affines des climats chauds comme l'olivier). On peut ensuite réaliser une moyenne des coefficients pour toutes les espèces de plantes présentes à un moment et à un endroit donnés ce qui nous donne une image d'ensemble des exigences de toute la communauté. C'est ce qui a été réalisé pour comparer les communautés de plantes urbaines entre 1884 et 2021 pour toute une série de facteurs écologiques. Les premiers résultats sont saisissants :
* Des communautés qui « se sont réchauffées » : le coefficient thermique moyen a significativement augmenté entre 1884 et 2021. Difficile de ne pas voir de lien avec le dérèglement climatique. La température moyenne a augmenté de près de 2°C à Paris depuis 1900 ! Des espèces méditerranéennes ou introduites depuis des régions chaudes ont donc remplacé certaines espèces d'affinité plus froide.

La crépide à feuilles de capselles (Crepis bursifolia, Astéracées), une plante affectionnant les climats chauds
* Des communautés ayant plus d'affinité pour les sols alcalins : le coefficient moyen relatif au pH du sol a également significativement augmenté. La bétonisation et en particulier l'utilisation accrue du ciment, à base de calcaire, expliquerait au moins pour partie cette différence.
* Des communautés ayant moins d'affinité pour le nitrate : aussi étrange que cela puisse paraître, l'affinité pour le nitrate des communautés végétales a diminué alors que les déchets azotés restent très importants en ville (détritus, urine, déjections canines etc). Pour comprendre, il faut se replonger dans l'histoire d'un Paris où la voiture à moteur est absente et où le cheval est roi apportant son lot de crottin riche en azote. Des espaces agricoles étaient encore présents, utilisant les déchets de la ville. Ils avaient leur lot de plantes très affines pour l'azote dont certaines se resemaient probablement spontanément dans les rues. Vallot y mentionnait ainsi les lentilles et les asperges, aujourd'hui disparues de la capitale.

Omnibus à trois chevaux, carte postale, vers 1900
* Des communautés enrichies par des espèces exotiques : profitant probablement du réchauffement climatique et d'échanges mondialisés, de très nombreuses espèces exotiques se sont installées à Paris.

La pâquerette des murailles (Erigeron Karvinskianus, Astéracées), une plante originaire du Mexique et d'Amérique centrale