Newsletter #14
Lombric in the city

Pour cette dernière newsletter de l’année, nous vous proposons de faire un focus sur les vers de terre. En effet, dès le mois de janvier, vous pourrez à nouveau sortir vos arrosoirs et vos pots de moutarde pour aller à la chasse aux vers de terre !

Si vous n’êtes pas familier des placettes à vers de terre, ou pour vous rafraîchir la mémoire nous vous conseillons de commencer par relire le protocole qui est décrit ici.

Un protocole surprenant !

Rappelez-vous ! Pour pouvoir exploiter vos données, les chercheurs ont besoin d’être certains qu’elles ont toutes été récoltées dans les mêmes conditions, c’est la standardisation du protocole de collecte. Pour y parvenir, ils ont eu l’idée d’utiliser une propriété intéressante de la moutarde : celle-ci contient un principe actif, l’Allyl Isothiocyanate (AITC), qui est urticant sur l’épiderme des vers de terre. En versant le mélange eau-moutarde, les vers de terre vont être mis au contact de l’AITC et vont avoir un réflexe de fuite en remontant à la surface.

Mais alors pourquoi spécifier qu’il faut utiliser de la moutarde Amora Fine et Forte ® ?
Tout simplement car d’une marque à l’autre les recettes varient et la quantité d’AITC également. En choisissant d’utiliser toujours la même marque (qui est d’ailleurs également facile à trouver partout), les chercheurs évitent un biais possible dans le protocole !

Ces réflexions sur l’importance d’un protocole scientifique rigoureux  peuvent être intéressantes à aborder avec vos élèves notamment lorsque l’on parle de démarche scientifique. Pour vous aider, vous trouverez un exemple d'activité sur ce thème dans la rubrique «S'inspirer» de votre espace enseignant.

Enfin pour tous les observatoires, nous avons mis en ligne des réponses aux questions fréquentes, pour les vers de terre elles sont accessibles via ce lien.

Quels résultats pour cet observatoire ?

Le protocole placettes à vers de terre est notamment proposé aux agriculteurs depuis 2011, dans le cadre d'un partenariat entre l'Observatoire Agricole de la Biodiversité (OAB) et l'Observatoire Participatif des Vers-de-Terre (OPVT). 

En presque 5 ans, cet observatoire a été mis en place près de 800 fois permettant ainsi de mieux comprendre l’impact des pratiques agricoles sur cette macrofaune du sol.

Proposé depuis l’année dernière sur le site Vigie-Nature École, cet observatoire a été mis en place 54 fois. Bien qu’encourageant, ce chiffre n’est pas encore suffisant pour tirer des conclusions scientifiques sur les populations de vers de terre dans les espaces verts des établissements scolaires français. On peut cependant, observer les premières tendances qui se dégagent.


La première chose que l’on peut aisément regarder c’est le nombre moyen de vers observé dans chaque mètre carré. Ce nombre peut aussi être mis en perspective avec ceux obtenus par les agriculteurs.

Graphique

© Les données provenant du monde agricole sont issues de l'Observatoire Agricole de la Biodiversité, celles concernant les établissements scolaires proviennent de Vigie-Nature École. Ces deux programmes travaillent en partenariat avec l'Observatoire Participatif des Vers de Terre.

 

 

On remarque que le nombre moyen de vers de terre observé dans les pelouses d'établissements est relativement faible notamment si on le compare à une prairie (12,6 vers de terre /m² en moyenne dans une pelouse d'établissement contre 39 vers /m² en moyenne dans une prairie).

 

Ce chiffre est tout fois à relativiser car « Etablissements scolaires » regroupe une multitude d’environnements différents, tout comme le terme prairie d'ailleurs (certaines sont fauchées, d'autres pâturées... ces différences ayant un impact sur la faune du sol). Il est donc nécessaire de préciser notre analyse, en séparant les établissements en trois groupes : ceux se trouvant en milieu urbain, ceux en milieu rural et ceux se trouvant dans un contexte intermédiaire, le milieu péri-urbain. Le résultat est alors le suivant :

Graphique

© Vigie-Nature École en partenariat avec l'Observatoire Participatif des Vers de Terre.

 

On observe ici qu’en milieu urbain le nombre de vers par mètre carré (9,6 vers /m² en moyenne) est trois fois plus faible qu’en milieu rural (31,1 vers /m² en moyenne). Les résultats sont, nous l’avons déjà vu, à prendre avec des pincettes au vu du nombre encore limité de parcelles étudiées, cependant les barres d’erreurs standards semblent montrer une différence dans le peuplement des milieux urbains et ruraux.
Ces différences pourraient s’expliquer par le fait qu'en ville les sols ont souvent été remaniés lors de constructions, les tassements y sont également souvent importants. Certains modes de gestion des pelouses (utilisation de pesticides par exemple) et le piétinement sont également hostiles au maintien des vers-de-terre.

On peut justement imaginer qu’en ville, les cours d’école sont plus petites et donc proportionnellement plus piétinées qu’en milieu rural. Le piétinement intense, nous venons de le voir, est néfaste pour les vers de terre.

Pour le vérifier nous avons regardé s’il y a un impact de la surface de la cours (on a imaginé que plus une cour est grande moins le piétinement sera intense) sur le nombre de vers de terre :

Graphique

© Vigie-Nature École en partenariat avec l'Observatoire Participatif des Vers de Terre.

 

 

Les barres d’erreurs montrent que le résultat n’est pas totalement significatif (probablement du fait qu’il n’y ait pas encore assez de données). Cependant, la tendance semble indiquer qu’un espace vert de grande surface, subissant un piétinement moins intense, favoriserait la présence d’un plus grand nombre de vers de terre (on trouve en moyenne 9,8 vers /m² pour une surface inférieure à 100 m² contre 24,5 vers /m² pour une surface supérieure à 1001 m²).

Vous l’aurez compris en participant cette année, vous nous aiderez à préciser ces résultats et à aller plus loin ! Avec plus de données, nous pourrons notamment travailler sur la répartition des différents groupes écologiques (les épigés, anéciques et endogés) que nous vous demandons de déterminer !

Et pour terminer !

Nous avions lancé un concours : les gagnants étant ceux ayant effectué le plus d'observations (et de sessions d'observations) lors du premier trimestre (jusqu'au 30 novembre inclus).  Et c’est le collège Pierre de Coubertin de Chevreuse qui a gagné ! Félicitations à eux et rendez-vous en début d’année pour le prochain concours !